Indépendance : La Grèce va honorer Haïti pour l’aide du président Boyer en 1821

Le gouvernement grec, compte honorer Haïti au cours de l’année 2021 pour être la première nation au monde à reconnaître l’indépendance de la Grèce vis-à-vis de l’Empire ottoman (l’Empire turc) en 1821, a appris Constant Haïti.

Le ministre des Affaires étrangères du pays, Nikos Dendias, a annoncé le lundi premier mars, qu’il se rendra officiellement en Haïti lors d’une visite dans les Caraïbes en signe de gratitude.
Il a fallu encore plusieurs années aux grandes puissances du monde, dont la Grande-Bretagne, la France et la Russie, pour faire de même.

Dans un tweet publié lundi, le ministre grec des Affaires étrangères a déclaré que cette démarche avait été proposée par le député Constantinos Bogdanos et Athanasios Papadopoulos, le maire de Kalavryta.

Dendias a déclaré que le ministère grec des Affaires étrangères a déjà entamé la planification d’une série « d’actions pertinentes » pour « honorer Haïti. »

Dans ses tweets sur cette annonce, le ministre des Affaires étrangères a déclaré: « L’objectif est de souligner l’importance que notre pays attache à la reconnaissance officielle de la révolution grecque de 1821 par la République d’Haïti et son soutien pratique. »

M. Dendias a ajouté qu’il se rendra dans le pays des Caraïbes au second semestre 2021  » dans le cadre d’une visite dans les pays de la région, si les conditions épidémiologiques le permettent « .
Dendias avait annoncé plus tôt qu’il se rendrait sur l’île voisine de Saint-Vincent-et-les Grenadines puisqu’elle est l’un des dix membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La Grèce veut lutter contre l’esclavage moderne

Par ailleurs, le ministre grec des Affaires étrangères prévoit également de se rendre dans tous les pays qui ont un poste non permanent au Conseil de sécurité cette année et l’année prochaine.

Dans une reconnaissance de l’histoire d’Haïti en tant qu’île où l’esclavage a été institué dans les premiers jours de sa colonisation, Dendias a ajouté que « Une initiative grecque est promue à l’ONU pour renforcer les actions et fournir des fonds pour lutter contre les formes modernes d’esclavage, une question d’une sensibilité particulière pour la République d’Haïti.

« L’objectif du ministère des Affaires étrangères est de coordonner avec le comité Grèce-2021 et d’autres organismes, tels que la municipalité de Kalavryta, afin de multiplier la valeur ajoutée des actions liées à Haïti », a-t-il déclaré.

Les dirigeants haïtiens se reconnaissent dans les combattants de la liberté grecque

Les dirigeants haïtiens à l’époque de la révolution grecque ont lié la lutte de la Grèce pour l’indépendance avec la leur, comme ils l’avaient combattu – et gagné – leur libération du régime Français et l’abolition de l’esclavage.

Une lettre écrite par le deuxième président haïtien, Jean-Pierre Boyer, à l’universitaire grec Adamantios Korais — qui était aussi un ami de Thomas Jefferson — le 15 janvier 1822, a comparé la situation des deux nations alors qu’elles combattaient la domination étrangère et secouaient les chaînes de l’oppression.

Korais et d’autres Grecs éminents qui résidaient à Paris à l’époque avaient tendu la main pour obtenir une aide internationale et une assistance à la Révolution, après la visite du célèbre général français Lafayette et évêque Grégoire de Vlaise.

Le marquis de Lafayette, qui avait donné de vastes sommes de sa propre fortune à la cause de l’indépendance américaine de la Grande-Bretagne, est reconnu comme l’une des plus grandes figures de la Révolution américaine.

En tant que pays pauvre des Caraïbes, dans lequel les citoyens commençaient tout juste à former leur propre nation, Haïti ne pouvait pas envoyer une aide matérielle à la Grèce en 1821, mais la lettre envoyée par son nouveau chef est devenue une source de grand réconfort dans les années de conflit contre les Ottomans (les Turc).

RETOUR HISTORIQUE. Abandonnés par les Européens, les révolutionnaires grecs demandèrent en 1821 de l’aide au président haïtien Jean-Pierre Boyer, alors qu’ils s’étaient engagés en pleine lutte pour leur indépendance afin de libérer leur Patrie sous occupation turque depuis 1453. Le président Boyer, en dépit des problèmes budgétaires liés aux dépenses du pays pour aider la Province de l’Ozama (l’actuelle République Dominicaine) qui venait d’être incorporée à la République, leur envoya 25 000 sacs de café, très précieux à l’époque. La vente de ce produit permit aux Grecs d’acheter des armes pour mener leur combat pour la liberté et l’indépendance.

La lettre de Jean Pierre Boyer aux Grecs

LIBERTÉ – ÉGALITÉ

Aux citoyens de la Grèce A. Korais, K. Polychoroniades,

A. Bogorides et Ch. Klonaris

À Paris

Avant que je ne reçoive votre lettre de Paris, datée du 20 août dernier, les nouvelles de la révolution de vos concitoyens contre le despotisme qui a duré environ trois siècles étaient déjà arrivées ici. C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous avons appris que Hellas a finalement été obligé de prendre les armes pour gagner sa liberté et la position qu’elle occupait autrefois parmi les nations du monde.

Un cas aussi beau et juste, et surtout les premiers succès qui l’ont accompagné, ne peuvent laisser les Haïtiens indifférents, car nous, comme les Hellènes, avons longtemps été soumis à un esclavage déshonorant et avons finalement, avec nos propres chaînes, brisé la tête de la tyrannie.
Désireux de protéger les descendants de Léonidas, nous avons pensé à aider ces braves guerriers, sinon avec des forces militaires et des munitions, du moins avec de l’argent, qui sera utile pour l’acquisition des armes, dont vous avez besoin. Mais les événements qui se sont produits et qui ont imposé des restrictions financières à notre pays ont absorbé la totalité du budget, y compris la partie qui pouvait être disposée par notre administration. En outre, à l’heure actuelle, la révolution qui triomphe dans la partie orientale de notre île crée un nouvel obstacle à la réalisation de notre objectif ; en effet, cette partie, qui a été incorporée à la République que je préside, se trouve dans une pauvreté extrême et justifie donc d’immenses dépenses de notre budget. Si les circonstances, comme nous le souhaitons, s’améliorent à nouveau, nous vous aiderons honorablement, vous les fils de la Grèce, au mieux de nos capacités.

Citoyens ! Transmettez à vos compatriotes les vœux chaleureux que le peuple d’Haïti envoie au nom de votre libération. Les descendants des anciens Hellènes attendent avec impatience, dans le réveil de leur histoire, des trophées dignes de Salamis. Puissent-ils se montrer comme leurs ancêtres et être guidés par les commandements des Miltiades, et pouvoir, dans les champs du nouveau Marathon, réaliser le triomphe de la sainte affaire qu’ils ont entreprise au nom de leurs droits, de leur religion et de leur patrie. Que ce soit enfin, par leurs sages décisions, qu’ils soient commémorés par l’histoire comme les héritiers de l’endurance et des vertus de leurs ancêtres.

Le 15 janvier 1822 et l’an 19 de l’indépendance

Constant Haïti

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