Augmentation de salaire: la fin de cette lutte dans le secteur textile ne semble pas être pour demain

À cause de l’instabilité du coût de la vie, de la situation inflationniste courante dans le pays, les travailleurs de différents secteurs surtout des industries textiles luttent constamment pour une augmentation de salaire afin de mieux répondre à leurs besoins les plus élémentaires. Les témoignages du coordonnateur général du centre national des ouvriers haïtiens(CNOHA), Dominique Saint-Eloi, du coordonnateur du syndicat pour la rénovation des ouvriers (es) d’Haïti (SROD), Reginald Jean et Rosemita Louis, une ouvrière, ce lundi 21 décembre 2020, laissent croire que la fin des luttes des ouvriers industriels pour un salaire raisonnable ne semble pas être pour demain. Les patrons des usines, selon les ouvriers, ont une multitude de stratégies pour garder stable leurs profits au détriment des travailleurs. 

« Les patrons ont l’habitude de persécuter les personnes devenues âgées et les femmes qui sont en congé de maternité afin qu’ils démissionnent, pour qu’ils n’aient pas droit aux prestations légales, a expliqué Dominique Saint-Eloi. Le plus souvent, a-t-il poursuivi, les choix du ministre des affaires sociales et du travail ainsi que le directeur général de l’institution sont influencés par les responsables des industries du pays. Ce sont eux qui ont choisi le directeur général du conseil Supérieur des salaires (CSS), a voulu faire croire le dirigeant du CNOHA ».

« Les employeurs ont qualifié de tarif, les heures supplémentaires afin de ne pas payer comme la loi le veut, a raconté Dominique Saint-Eloi. Ils menacent parfois de délocaliser les usines en cas  d’augmentation de salaire par l’État », a rapporté le syndicaliste.

D’après Reginald Jean, certains patrons lors des mouvements de protestation des ouvriers ont l’habitude de révoquer plusieurs grévistes tout en leur accordant toutes prestations légales dans le but d’intimider les autres. Les contrats des ouvriers ne sont que des contrats à durée déterminée, question d’éviter aucune redevance légale envers eux, a-t-il laissé comprendre.

« Il y a des usines qui contiennent environ 1700 ouvriers, divisés en module. Un maillot est confectionné par 19 travailleurs ,à chacun, une tâche, explique le coordonnateur du SROD. Selon la qualité, les patrons peuvent vendre chaque maillot, à l’étranger pour 20 dollars américain, pourtant, ils paient l’ouvrier 725 gourdes par jour, a-t-il continué avant d’inviter à calculer combien revient 50 boites de maillot dont chaque boîte contient 6 douzaines, si l’unité est à $ 20 ».

Les ouvrières subissent toujours des agressions sexuelles dans les usines de la part des superviseurs, a confié Rosemita Louis, mentionnant dans la lignée, qu’elle a été victime d’harcèlement sexuel venant d’un ingénieur.

« Certaines ouvrières acceptent parfois d’entrer en relation sexuelle avec les dirigeants des usines afin de jouir d’une position, mais en cas de grossesse les responsables leur abandonnent  », explique la syndicaliste.

Selon Rosemita Louis, il est difficile pour un ouvrier de manger quotidiennement au travail sinon il ne pourra rien économiser. Des prêts à intérêts sont disponibles dans l’administration des industries surtout à un taux très élevé, a-t-elle continué, avant de confier, « lè  nou  menm fi, nou gen règ  nou, nou pa jwenn kotèks, se manch mayo yo, nou Konn itilize, bagay ki ka ba nou  enfeksyon ».

À noter, le salaire minimum est fixé à 500 gourdes pour 8 heures de travail. Chaque ouvrier du secteur textile reçoit 7 500 gourdes chaque 2 samedis du mois.

Pour Dominique Saint-Eloi, le salaire accordé dans les industries textiles est un  « salaire tuberculose  » . Le 4 août 2009, les paysans, les gens du quartier populaire, les étudiants, les ouvriers ont écrit une histoire avec la publication de la proposition de loi de l’ancien sénateur Steeven Benoit. 11 ans plus tard, la lutte continue pour le renversement de ce système d’exploitation généralisé, a soutenu le responsable du CNOHA.

Evens CARRIÈRE, Journaliste
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