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Pourquoi Daniel Foote démissionne comme émissaire américain en Haïti ? il donne 5 raisons

Daniel Foote fournit 5 raisons pour justifier sa démission

Dans une correspondance adressée au Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, l’envoyé spécial des États-Unis en Haïti après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Daniel Lewis Foote, a présenté sa démission en critiquant vertement la politique internationale qu’exerce son pays en Haïti ainsi que la politique interne des dirigeants haïtiens. Nous avons lu la lettre du diplomate qui s’est exprimé clairement dans l’intérêt de la République d’Haïti. Plusieurs raisons ont été évoquées par l’ancien émissaire américain Daniel Foote, autour de sa démission, notre rédaction les a résumées en cinq (5) points :

  1. Expulsion des réfugiés haïtiens

L’ancien émissaire américain Daniel Foote qualifie d’inhumaine et de contre-productive, la décision d’administration Biden d’expulser des milliers de réfugiés haïtiens en Haïti alors que les autorités américaines savent le danger qu’il y a en Haïti actuellement avec prolifération des gangs armés. « un pays où les responsables américains sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger posé par des bandes armées contrôlant la vie quotidienne ».
Pour le diplomate, l’administration américaine n’est pas sans savoir que “l’injection forcée de milliers de migrants de retourner” dans un pays en proie à de multiples fléaux dont l’insécurité et la pauvreté ne peut faire que conduire à “une tragédie humaine supplémentaire et évitable” en augmentant “la misère inacceptable d’Haïti”.

            2. Ariel Henry

Le Premier ministre Ariel Henry et son gouvernement sont qualifiés de corrompus par M. Foote qui observe également que le gouvernement a des alliances avec les gangs armés qui sèment la terreur dans le pays. « Le peuple d’Haïti, embourbé dans la pauvreté, otage de la terreur, des kidnappings, des braquages et massacres de gangs armés et souffrances sous un gouvernement corrompu avec des gangs alliances », s’apitoie Daniel Foote.
Il dénonce surtout l’accord du Premier ministre Ariel Henry pour avoir été sélectionné par la force et de façon déséquilibrée alors qu’il y avait un accord politique plus large et plus ancien piloté par la société civile.

  3. Soutien du Core Group au Premier ministre Ariel Henry et son accord illégal

Daniel Foote regrette que le Core ait validé les démarches du Premier ministre de facto en dépit d’un accord politique partisan.
En effet, dans une note en date du 15 septembre 2021, le Core Group (composé des Ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de la France, de l’Union Européenne, ainsi que du Représentant spécial de l’Organisation des États Américains et de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies) dit encourager les efforts entrepris par le Premier Ministre. Une déclaration condamnée par le diplomate.
« La semaine dernière, les ambassades des États-Unis et d’autres à Port-au-Prince ont publié une autre déclaration de soutien au Premier ministre de facto non élu, le Dr Ariel Henry en tant que chef par intérim d’Haïti, et ont continué à vanter son “Accord politique” sur un autre accord plus large et plus ancien piloté par la société civile ». regrette-t-il.
« Ce cycle des interventions politiques internationales en Haïti a constamment produit des résultats catastrophiques. Plus d’impacts négatifs sur Haïti auront des conséquences désastreuses non seulement en Haïti, mais aux États-Unis et chez nos voisins de l’hémisphère » a-t-il fait remarquer.

4.  L’influence démesurée des États-Unis sur la politique haïtienne

Daniel Foote affirme dans un langage codé que les États-Unis veulent toujours être partie prenante dans les processus démocratiques visant à choisir des dirigeants haïtiens. Il dit croire qu’il faut laisser aux Haïtiens la souveraineté de choisir leurs propres dirigeants: “les gagnants” comme il l’appelle, ayant à l’esprit les élections. « Je ne pense pas qu’Haïti puisse jouir de la stabilité tant qu’elle n’aura pas les citoyens qui ont la dignité de vraiment choisir leurs propres dirigeants de manière juste et acceptable.», pense-t-il.
« L’orgueil qui fait que nous pensons que nous devrions choisir le gagnant – encore une fois – est impressionnant ».

5. Pris pour « marionnette »

Monsieur Foote observe une approche mal conçue des États-Unis vis-à-vis d’Haïti. Selon lui, « les Haïtiens ont besoin d’une aide immédiate pour rétablir la capacité de la police nationale. Ils ont besoin d’un vrai accord à travers la société et les acteurs politiques, avec un soutien international, pour tracer une voie opportune pour la sélection démocratique de leur prochain président et parlement », a indiqué M. Foote en poursuivant : « Ils ont besoin de l’aide humanitaire, de l’argent pour livrer les vaccins COVID et tant d’autres choses ».

À en croire l’émissaire démissionnaire, il a été comme ses prédécesseurs pris pour figurant en ignorant ses recommandations. « Ce que les Haïtiens veulent vraiment, et ce dont ils ont besoin, c’est l’opportunité de tracer leur propre destin et, précise-t-il, sans marionnettiste international et candidats privilégiés mais avec un véritable soutien pour ce but ».
L’ancien ambassadeur en Zambie informe qu’il avait fait des recommandations non prises en compte, à l’administration Biden sur le cas d’Haïti. « Mes recommandations ont été ignorées et rejetées ».

Selon plusieurs analystes et politiciens haïtiens, la démission de Daniel Foote comme émissaire américain en Haïti ne restera pas sans grande conséquences. Pour le colonel Himler Rébu, c’est une c’est une décision inattendue. Pour certains, le Premier ministre Ariel Henry, épinglé dans l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet dernier et mis à nu par M. Foote, pourra faire les frais et ne plus bénéficier du support américain lors des prochaines décisions.

Constant Haïti


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