Ce que le Premier ministre Ariel Henry ne comprend pas

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Haïti, depuis plus d’une semaine, connait une situation de chaos. Cela pourrait déboucher sur une guerre civile si rien n’est fait pour améliorer les conditions de vie des plus démunis qui s’en prennent à la classe dominante et au gouvernement. Insécurité, famine, cherté de la vie, hausse des prix du carburant, entres autres, sont les raisons pour lesquelles des citoyens ont investi les rues, comme un démon affamé et assoiffé de changement.

C’est dans cette situation aussi fâcheuse que difficile que le chef de la Primature, M. Ariel Henry, s’est présenté à la nation en se moquant de son cri de misère et de douleur. Il a déclaré que les mouvements contre le gouvernement n’ont aucun rapport avec la crise du carburant, mais ce sont plutôt des bandits qui s’étaient descendus dans les rues pour piller pendant environ 8 jours. M. Henry s’est installé comme un dirigeant qui décide volontairement de trahir son peuple et d’humilier en même temps des gens qui attendent seulement de quoi se nourrir, rien de plus.

En fait, il n’y a rien de plus doulereux et dangereux que d’avoir des autorités irresponsables. Comment voulez-vous qu’un peuple tolère qu’on lui ôte même les miettes de la bouche, que ses enfants crèvent de faim sous ses yeux, alors qu’une minorité exhibe ses avoirs, ses maisons et voitures de luxes? Non, les citoyens ne sont pas envieux. Ils cherchent seulement à avoir le minimum pour subsister. Il sont donc dans l’ultime obligation de manifester pour exiger de meilleures conditions de vie.

Le premier ministre devrait comprendre que ces pauvres gens ne sont pas des gangs et ne le seraient jamais. Le peuple haïtien est un peuple digne et qui respecte les normes établies tant qu’il peut vacuer à ses occupations, avoir de quoi se nourrir et prendre soin de ses fils et filles.

Les gangs, quant à eux, le Premier ministre sait comment ils sont. Ils tuent et détruisent l’autorité de l’État pour mieux établir leur pouvoir et accaparer tous les biens du pays. Ils contemplent avec cynisme la masse qui croupit dans la crasse. Ils sont des alliés du gouvernement et des amis de la communauté internationale. À en croire certains rapports d’organismes de droits humains, ils sont membres du gouvernement. Ils ne sont donc pas dans les rues. Ils se diffèrent du peuple qui, lui, est leur victime et leur otage.

Il est injuste de comparer la situation d’insécurité générale du pays (gangstérisation) avec les sorties violentes d’un peuple emprisonné qui revendique un nouveau leadership à la tête du pays. Ce système trop longtemps établi a pour seul objectif de permettre à un petit groupe local et une partie de l’international à s’enrichir. Le gouvernement et la Police savent bien où sont les gangs ; ils ont des noms, des zones d’habitation connues. Si jamais le pouvoir n’est pas de connivence avec eux ou ils ne sont pas les esclaves d’un même maître, les arrêter serait beaucoup mieux que de les comparer avec le peuple.

Ariel Henry, après ses deux adresses à la nation, devait comprendre que la population lui a montré que ce n’était pas des hommes armés qui sont dans les rues. C’est plûtot un peuple sans repère et sans secours. Les rues sont toujours bloquées, les scènes de pillage se poursuivent. C’est donc le moment pour que le gouvernement tire conséquence de ses inconséqunces, soit en mettant un terme aux calvaires de la masse, livrée à l’insécurité, la cherté de la vie et la crise du carburant, soit en tirant sa révérence. Sinon, il faut s’attendre à ce que ces marginalisés continuent à chercher de quoi se nourrir; le pire est sûrement à craindre.