Le plan de gangstériser le pays étant exécuté, « la situation est globalement sous contrôle » même à Martissant et à Varreux

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Jean Victor Généus, actuel Ministre haïtien des Affaires Étrangères, a participé au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Le lundi 26 septembre 2022, il a déclaré que la situation est globalement sous contrôle. Sans ambages, le représentant d’Haïti n’a pas menti à la communauté internationale. Il a plutôt décrit la réalité que connait le pays depuis plusieurs années où la prolifération des gangs armés a monté d’un cran pour contrôler « globalement » Martissant, Cité-Soleil, Bel-Air, le bas du Centre-Ville, Delmas, Pernier, Tabarre, Croix-des-Bouquets, etc.

Il est un fait qu’on ne peut pas nier. La région métropolitaine d’Haïti est totalement sous le contrôle des bandits armés. La population, quant à elle, est prise en étau par la cherté de la vie et l’insécurité, caractérisée par le banditisme et le kidnapping. À Martissant, cela fait déjà plus de 15 mois depuis que des gangs armés s’affrontent. La circulation sur la Route Nationale #2 est totalement hypothéquée où pour y passer, il faut payer et risquer de prendre une balle. En effet, dans cette région de la capitale qui bloque l’accès au grand sud du pays, la situation est globalement sous le contrôle des bandits.

Cela n’en est pas différent pour Cité-Soleil. Il y a quelques mois, des centaines de personnes ont été tuées par balles et leurs corps calcinés, des femmes et des filles violées, des enfants en bas age sont devenus orphelins. C’est la moindre des choses qu’on peut retenir de cet affrontement armé entre « G9 » et « G-Pèp » qui perdure encore. Même cas de figure pour d’autres zones de la Plaine du Cul-de-Sac (Butte-Boyer, Croix-des-Missions, Marin, Lizon, Lathan, Bon-Repos) où en avril dernier, « Chen Mechan » et « 400 mawozo » se sont affrontés. Résultat, des morts par-ci par-là, des habitants ont abandonné leurs maisons, le chaos s’est installé à l’instar de Martissant et Cité-Soleil. Là encore, tout est globalement sous contrôle. Se rendre dans ces zones est un risque, mais les bandits mènent très bien la danse.

À Croix-des-Bouquets, malgré les assauts de la Police Nationale d’Haïti (PNH), « Lanmò san jou » ou encore « Bra kiyè pa pè vrapè » résiste encore. Les proches de la famille Désanclos peuvent d’ailleurs en témoigner. Pareil pour Tabarre et Pernier où Vitelhomme règne en maître et seigneur sans oublier qu’à Varreux, les bandits bloquent l’accès au site de stockage du carburant. Effectivement, tout est sous contrôle et on ne peut pas en dire mieux.

Parallèlement, la population, en quête de trouver une issue de secours face à l’insécurité, se trouve coincée sous les décisions du gouvernement d’augmenter les prix du carburant. Ce qui profite à la hausse des prix des produits de base, engendrée par la dépréciation de la gourde par rapport au dollar et la faillite de la production nationale. Manifestations en cascade, « pays lock », rareté de carburant, famine, des gens meurent de soif, le pays est à feu et à sang. La maison brûle, le gouvernement regarde ailleurs où tout au moins, il constate les conséquences de ses inconséquences et tout est globalement sous contrôle.

Comment sortir de cette situation? Quel est l’avenir du peuple haïtien? À quoi doit-on s’attendre, considérant que le pays est dirigé par des cyniques qui ne se soucient pas du bien-être de la masse? Y’a-t-il espoir pour les enfants dont la rentrée des classes est toujours dans l’impasse? Est-ce la fin pour Haïti ou doit-on tous fuir le pays pour aller chercher une vie meilleure ailleurs? Si les gangs contrôlent presque tout le territoire alors que pour le gouvernement, la situation est globalement sous contrôle: doit-on croire que le gouvernement contrôle les gangs qui contrôlent globalement tout?

Eddyson de Varain