Une victime du chef de gang Ti Gabriel à Cité Soleil, crie au secours

Evens CARRIÈRE

L’avenir des jeunes en Haïti est hypothéqué par de multiples raisons telles que, l’inaccessibilité à l’éducation, le chômage, le favoritisme au niveau de l’État, l’inégalité de toute sorte, bref, à cause de la violation des droits fondamentaux de la personne humaine. Les jeunes filles se placent au premier rang des victimes. Certaines d’entre elles sont livrées parfois à la prostitution, d’autres subissent des cas de viol surtout de la part des bandits armés, au niveau des quartiers dits de non-droit. Sisie est un échantillon de l’ensemble des cas des jeunes filles victimes de viol, particulièrement de bandits armés. Elle a décidé au cours du mois d’août 2020, de partager cette expérience vécue avec la rédaction de Constant Haïti, tout en profitant de lancer un appel en aide. Avec du courage et sans langue de bois, cette jeune mère a tout confié à travers une interview.

Constant Haïti : Bonsoir Sisie, Constant Haïti est heureux de vous recevoir sur son plateau dans le cadre d’une interview.

Sisie : Bonsoir ! Le plaisir est pour moi d’être au micro de Constant Haïti.

Constant Haïti : Parlez-nous un peu de vous Sisie, vous avez quel âge ? Vous êtes née où et quand ?

Sisie : Je suis née le 24 Décembre 2001, à
cité-soleil, donc j’ai actuellement 18 ans.

Constant Haïti : Viviez-vous avec vos parents ? Avez-vous des frères et sœurs : si oui, combien ?

Sisie : Malheureusement, j’ai pas eu la chance de connaître ma mère et mon père. J’ai grandi avec une tante qui s’appelle Marie elle ne connaissait pas mon père. Selon ses dires, ma mère était morte lors de ma naissance. Cette tante m’a prénommé et ma donné un acte de naissance. Elle m’a fait savoir que j’ai pas de frère et sœur. Grâce à elle, j’ai pu terminer mes études classiques.

Constant Haïti : quel est votre parcours académique ?

Sisie : je sais pas pour les classes maternelles mais j’ai effectué toutes les classes fondamentales et secondaires à l’école Saint François de Salles, située à Cité-Soleil. C’est en quelque sorte une école congréganiste, non payante, supportée par une organisation appelée ‘’ Hands together ‘’.

Constant Haïti : Vous-avez terminé votre étude classique en quelle année, précisément ?

Sisie : Exactement, en juillet 2019, tandis que j’étais enceinte.

Constant Haïti : Où est l’enfant ? Vivez-vous avec son père ?

Sisie : Pour bien dire, j’étais victime d’un viol et séquestrée par le chef de gang « ti Gabriel » à Cité Soleil. J’ai dû prendre la fuite dès mes trois premiers mois de grossesse. Maintenant j’ai une fille qui va avoir un an en novembre prochain, malgré ça elle n’a pas encore d’acte de naissance.

Constant Haïti : Certes, cette expérience vous a laissé de mauvais souvenirs mais volontairement vous avez pris la décision de faire part avec la rédaction Constant Haïti. Racontez nous un peu Sisie.

Sisie : j’habitais à Cité Soleil avec ma tante
sus-citée et un cousin. Le chef de gang dénommé « ti Gabriel » m’appelait toujours quand je passe dans le quartier. Je l’ignorais toujours. Un jour, il est rentré chez moi avec ses soldats. Ils ont capturé par la force mon cousin et ma tante et m’ont emmené chez
« ti Gabriel ».

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Constant Haïti : vous avez passé combien de temps en séquestration?

Sisie : De Février 2019 à Mai 2019.

Constant Haïti :
Concernant le traitement reçu, comment ça a été ? Votre alimentation, n’avez-vous pas été maltraitée physiquement ni sur le plan sexuel par
« ti Gabriel » et ses soldats ?

Sisie : À propos de l’alimentation, ça marchait à merveille car ils ont des moyens économiques. D’ailleurs ils sont financés par certaines personnes. Mais j’aime pas ce mode de vie. Physiquement, j’ai pas été maltraitée par quiconque. Mais sexuellement, j’ai été abusée par « ti Gabriel », durant tout le temps que j’y ai passé jusqu’à ce que je suis tombée enceinte.

Constant Haïti : Qu’en est-il pour votre tante et votre cousin ?

Sisie : je ne sais pas où ils leur avait emmenés. Ce qui est certain, quand ces bandits ont enlevé une personne, la chance pour qu’elle soit vivante est nulle.

Constant Haïti : expliquez nous un peu, Sisie, votre fuite de la séquestration?

Sisie : j’ai pris la fuite de la séquestration, exactement le 3 Mai 2019, au moment où, le groupe armé de
« ti Gabriel » échangeait des tirs avec les bandits de boston à Cité Soleil. Je ne connais aucun membre de ma famille donc je m’en fuyais sans savoir où aller. Au cours de la route, j’ai entendu un chauffeur en train de dire le nom d’une localité (x), d’un coup j’ai arrêté le taxi. À part de quelques monnaies, j’avais dix mille (10.000) gourdes, un montant d’argent volé des argents de
« Ti Gabriel ».
Arrivée à la localité j’ai loué un abri pour cinq mille (5.000) gourdes pour un semestre. Maintenant je vis en domesticité.

Constant Haïti : Que faites-vous pour prendre soin du bébé ?

Sisie : c’est la cause de mon cri, j’aimerais que quelqu’un m’aide. Je voulais louer une maison, avoir un moyen pour combattre la vie économiquement afin de prendre soin de ma fille.

Constant Haïti : Aimeriez-vous poursuivre votre étude ?

Sisie : bien sûr que oui, après ma réussite en
Bac II, j’étais inscrite au concours de l’INAGHEI et celui de la FASCH. Malheureusement, j’avais composé seulement pour INAGHEI car à cause des crises sociopolitiques à l’époque du mouvement « pays lock », les examens de la FASCH ont été renvoyés. Mais, j’ai pas pu réussir pour l’INAGHEI.

Constant Haïti : Quelle profession, voudriez-vous apprendre ?

Sisie : la Gestion des Affaires.

Constant Haïti : D’accord ! L’équipe de Constant Haïti, vous remercie de l’avoir accordé cette interview et vous souhaite du courage pour le combat de la vie.

Sisie : À moi de vous remercier de m’avoir gratifié cette opportunité.

Constant Haïti a jugé bon de donner sa contribution à Sisie, en permettant à son cri d’atteindre plus d’oreilles que possible. C’est le cri d’une abandonnée, d’un appel en aide.
Faisons un geste de solidarité, sauvons l’avenir d’un bébé.

Pour entrer en contact avec Sisie, vous pouvez passer par la rédaction de Constant Haïti.

Numéro réservé à cet effet: +509 38 38 93 17.

Evens CARRIÈRE, Journaliste©
Tel: (509) 37 05 00 12

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